La qualité de l'air : métro parisien contre rues de la capitale









Nombreux sont les usagers du métro parisien qui pensent être à l'abri de la pollution atmosphérique extérieure en voyageant sous terre. Pourtant, des données récentes viennent bousculer cette idée reçue. En réalité, la qualité de l'air à l'intérieur des rames et des stations est souvent bien pire qu'en surface. Ce constat interpelle et soulève des questions essentielles sur les défis de santé publique liés aux transports en commun, invitant à une réflexion sur les solutions à apporter pour améliorer cet environnement quotidien de millions de personnes.
Une étude menée en mai 2023 par l'émission « Vert de rage » (France 5), en collaboration avec l'association Respire et le CNRS, a révélé des chiffres alarmants. La concentration moyenne de particules fines PM2,5 dans le métro et le RER parisien atteint 24 µg/m3, soit près de cinq fois le seuil recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pour établir ce constat précis, des décennies de volontaires ont été équipés d'appareils de mesure tout au long de leurs trajets journaliers, sur une période de huit mois. Ces recherches ont permis de dresser une cartographie détaillée des niveaux de pollution à travers l'ensemble du réseau souterrain.
La principale origine de cette pollution atmosphérique dans le métro réside dans l'usure continue des éléments mécaniques : les freins, les roues et les rails. De plus, l'air extérieur, déjà chargé de polluants, s'infiltre dans les stations via les systèmes de ventilation et les entrées. Le problème est exacerbé par la nature même des environnements souterrains : les tunnels, souvent mal ventilés, ne permettent pas une dispersion efficace des particules, qui s'accumulent ainsi dans ces espaces confinés. En conséquence, la qualité de l'air dans le métro est considérée comme trois fois plus dégradée qu'à l'extérieur, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), et ce, même si Airparif indique que la majorité des Parisiens est exposée à des niveaux de PM2,5 supérieurs aux recommandations de l'OMS en surface, particulièrement à proximité des grands axes routiers comme le boulevard périphérique.
L'enquête a également déterminé les lignes les plus affectées. La ligne 5 se positionne en tête, avec une concentration moyenne de 18 µg/m3 de pollution supplémentaire attribuable au trafic. Certaines stations, comme Belleville, atteignent même des pics de près de 60 µg/m3. Face à ces révélations, l'association Respire avait déposé une plainte contre la RATP pour « tromperie aggravée et blessures involontaires ». Cependant, en septembre 2025, le parquet de Paris a classé l'affaire, estimant qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes d'infraction ni de dissimulation délibérée de la part de la régie. La RATP, pour sa part, publie sur son site internet les mesures de qualité de l'air en temps réel pour les stations équipées de capteurs. L'entreprise s'engage à réduire les émissions de particules en déployant le freinage électrique sur les nouveaux matériels et en testant des garnitures de freinage moins émettrices sur le RER A.
Malgré ces révélations, il n'est pas question de délaisser les transports en commun, qui demeurent une option plus écologique que la voiture individuelle à l'échelle de la ville. Toutefois, il est possible d'adopter des gestes simples pour réduire son exposition à la pollution. Éviter les heures de pointe lorsque cela est faisable, privilégier les lignes automatisées (telles que la 1 ou la 14) qui intègrent le freinage électrique, ou opter pour la marche à pied sur les trajets courts sont des moyens concrets d'atténuer l'impact. Ces études soulignent l'impératif d'accélérer la modernisation du réseau et de briser le silence institutionnel qui a longtemps entouré le problème de la qualité de l'air dans les espaces souterrains. Les Parisiens, qui passent en moyenne 40 minutes par jour dans le métro, méritent une transparence totale sur l'air qu'ils respirent.